Ca fait 10 ans qu’on se connait. En vrai, on ne s’est pas vu souvent, on s’est rencontrés via nos activités associatives respectives. On se croisait sur des événements en commun. A force de se voir on a fini par tisser un lien plus profond jusqu’à décider de se mettre ensemble.
Moi, j’ai développé une compréhension de qui je suis en vivant l’expérience du scoutisme. A vrai dire, avant je n’avais pas vraiment de place dans cette vie. Tout au plus lors de quelques événements avec des amis mais franchement je n’étais pas le bienvenue. Tout a basculé lorsqu’on a décidé de se lancer dans l’accompagnement de jeunes scouts. Soudainement, il a commencé à m’adresser la parole.
Il était terrifié à l’idée de faire autant de trucs qu’il n’avait jamais fait et en plus en groupe.
La timidité, la spontanéité, la vie en groupe au quotidien, des projets inattendus : AU-SE-COURS.
Il était à deux doigts de tout arrêté. C’est alors que je me suis présenté à lui et que je lui ai proposé de lui enseigner ce dont il aurait besoin pour vivre cette nouvelle expérience.
A vrai dire tout ça, je connais bien. Le scoutisme non, mais l’Être Humain et ses modes de vie en groupe, j’ai des choses à dire. Alors on s’est apprivoisés : au début, il me laissait la main, c’était plus simple. Il pouvait voir comment je m’y prenais, observer les gestes et les paroles utiles à mettre en œuvre dans un groupe. J’étais moi-même surpris de voir à quel point il était un fin observateur, il voulait tout comprendre et il s’en donnait les moyens.
Puis, au cours des mois, je lui laissais un peu plus la main pour qu’il tente par lui-même certaines initiatives. Je n’étais pas loin, il le savait et c’est peut-être ce qui lui a permis de lâcher prise sur tout l’imaginaire qu’il se faisait par rapport au résultat de ses actions : ce qu’en penseront les autres, l’image qu’il va donner, ce que ça peut vouloir dire de lui, ...
Il y avait du lourd et je comprenais un peu plus pourquoi ma présence était un miracle pour lui.
C’est seulement au bout de quelques années qu’il a pris pleinement la main sur sa vie scoute en imaginant de nouvelles initiatives et en produisant des actes inattendus pour moi. Ca y est, la maitrise était là. Dorénavant il pouvait improviser.
Il a pris tellement de plaisir et vécu tellement de joie en osant se lancer avec ma guidance qu’il aurait aimé que cela se poursuive encore longtemps. Alors quand l’aventure du scoutisme s’est terminée, il a décidé que dorénavant nous resterions ensemble pour toujours et que nous pourrions imaginer ensemble de nouveaux projets tout aussi amusants et passionnants.
Et c’est là qu’on s’est heurté à des murs...

